27.04.08 À la place d'une introduction de cet essay d'un auteur invité, du professeur de gestion et historien Paul Sanders (Dijon), voici trois citations:

"[...]Les contributions de deux experts de renom, publiées juste avant les élections législatives russes, peuvent nous aider à comprendre à quel point les analyses occidentales divergent. En effet, les deux auteurs partagent un seul point de vue, voire celui du danger de surchauffement de l'économie russe et de l'insuffisance des moyens mis en place pour maîtriser l'inflation. À part cette unique convergence le lecteur pourrait facilement croire qu'il est question de deux pays différents[...]
[...]Ce type de divergences d'opinion, entre défenseurs et adversaires du Kremlin, n'a rien de nouveau. On les retrouve partout dans le discours public. Loin de mettre en cause le sérieux des observateurs, la situation nous renvoie une fois de plus au manque de transparence des affaires russes, lesquelles permettent moins de jugements fondés que l'on pourrait croire. Ceci n'a rien d'étonnant. De leur perspectives restreintes les analyses divergentes sont aussi valables les uns comme les autres. Ce qui manque par contre est un modèle théorique unificateur pouvant réconcilier et intégrer les contradictions. De ce point de vue la seule conclusion à retenir est celle que l'analyse occidentale de la Russie se trouve dans un cul-de-sac[...]
[...]L'image de la Russie en Occident mérite une profonde amélioration, plus particulièrement un travail de fond sur les stéréotypes les plus récurrents et les plus troublants. Trop souvent encore on se trouve confronté à des tendances concevant de l'histoire russe comme d'une succession de terribles tragédies et d'échecs interminables.
L'alternative au rapprochement réciproque serait une Russie qui s'éloigne de nouveau, se réconfortant dans le refus de l'Europe. Ou, pire encore, une Russie cherchant une confrontation plus ouverte.[...]
Mais cet avenir n'est pas encore écrit: [...]"

--J'ai le grand plaisir de souhaiter la bienvenue à ce hôte de renom avec son plaidoyer que je trouve aussi nécessaire que fondé:--

Plaidoyer pour un nouveau partenariat Europe-Russie

Essay par Paul Sanders, École Supérieure de Commerce Bourgogne, Dijon, France, 10 janvier 2008
Email:
paul.sanders@escdijon.eu

»»Lire la version originale en allemand/ ZUR DEUTSCHEN FASSUNG

Note: L'essentiel de ce texte fut rédigé juste après les élections parlementaires russes, en décembre 2007

Les échéances électorales de 2007-2008 ont ramené la Russie ainsi que les relations Europe-Russie sur le devant de la scène. La constitution russe ne permet pas à Vladimir Poutine d'exercer un troisième mandat présidentiel. Et comme nous le montre, l'histoire les successions de pouvoir dans des environnements institutionnels instables conduisent souvent à des conflits; un phénomène qui n'aura pas changé dans la démocratie formelle russe de nos jours.

Depuis la désignation de Dimitri Medvedev comme candidat présidentiel du parti Russie Unie - ce qui correspond à son 'intronisation' en tant que successeur de Poutine - les rumeurs se font plus rares. Les divergences entre l'Europe et la Russie ne se déjouent pas pour autant. Sur la nature de ces divergences l'ambassadeur britannique à Moscou, Sir Tony Brenton, avait déjà donné des éclaircissements dans un entretien accordé à l'agence de presse Interfax, le 22 juillet 2007. Tout en y faisant état d'une nouvelle intensité historique dans les échanges bilatérales, il avait dû constater l'atteinte d'un nouveau point bas dans les relations politiques, suite à l'affaire Litvinenko, cet ex-agent du KGB/FSB (et proche de Boris Beresovski) empoissonné au polonium dans son exile londonien [1]. Malgré une aisance certaine dans l'exécution d'un grand écart, on sent le dur labeur pour le diplomate de persuader le monde qu'il ne s'agirait pas là d'une "crise".
Sir Tony nous laisse sur notre faim ; au même degré que beaucoup d'autres tentatives actuelles de nous expliquer la Russie, comme les thèses d'une "nouvelle guerre froide" ou encore "du conflit entre tchékistes et libéraux au sein du pouvoir russe".

Les contributions de deux experts de renom, publiées juste avant les élections législatives russes, peuvent nous aider à comprendre à quel point les analyses occidentales divergent. En effet, les deux auteurs partagent un seul point de vue, voire celui du danger de surchauffement de l'économie russe et de l'insuffisance des moyens mis en place pour maitriser l'inflation. [3] À part cette unique convergence le lecteur pourrait facilement croire qu'il est question de deux pays différents :

Ainsi, dans un blog du quotidien économique Les Échos, Christopher Granville, ancien diplomate britannique et actuellement conseiller financier à Moscou, met en avant que l'unique orientation des dirigeants russes actuels serait la création d'un bon climat d'investissement. Selon Granville, une fraction "pro-business" mènerait le jeu au Kremlin, avec comme priorité la satisfaction des exigences russes en matière d'investissements d'infrastructure. Granville félicite la politique financière et fiscale de Poutine, qui aurait réussi d'augmenter l'efficacité du système financier en mobilisant l'épargne russe, plutôt que de se fier exclusivement aux seuls revenus provenant des exportations.

Granville cite des sondages russes - lesquels ont de quoi étonner le lecteur occidental - montrant que la majorité de la population considéraient Poutine comme l'homme le plus démocratique en Russie. On pourrait conclure à une tentative de manipulation, si cette popularité – et c'est toujours les sondés russes qui parlent - n'était pas assortie d'un qualificatif ; voire le fait que l'équipe de Poutine se serait davantage que ses prédécesseurs engagée pour l'amélioration des conditions matérielles de la vie et pour le retour à l'ordre.
Granville retient implicitement que le gouvernement actuel peut manipuler les élections, mais seulement parce qu'il disposerait d'une forte légitimité. Des tentatives semblables de la part d'un régime moins populaire résulteraient dans la perte de légitimité et entraîneraient une déstabilisation du système. Granville en conclut l'existence d'instincts démocratiques dans la population. Contrairement à des opinions colportées un peu partout la fonction du parlement russe, la Douma, ne serait pas réduite à la bénédiction des projets présidentiels : une bonne gouvernance nécessiterait une majorité parlementaire, l'alternative de l'Oukase (décret présidentiel) disposant de nettement moins de légitimité.
Finalement, le ton musclé de la Russie dans les anciennes républiques soviétiques ne serait pas le produit d'un quelconque néo-impérialisme. Au contraire il se devait à la consolidation des intérêts russes dans la région, projet passant par la prévention d'une éventuelle exploitation des nationalismes par des puissances étrangères.

Le commentaire d'un deuxième expert, Anders Aslund, chercheur renommé dans le monde entier pour ses travaux sur la transition russe [2], paru dans le Moscow Times, va dans le sens opposé de celui tracé par Granville:

Aslund critique d'abord le bilan économique de Poutine qu'il appelle "un mythe grandiose". Poutine aurait seulement eu "de la chance" car la hausse extrême des prix de l'énergie aurait neutralisé les effets négatifs potentiels de l'absence de reformes sur la croissance économique. Comparée à d'autres pays en transition, la Russie serait même en retard. Notant l'enlisement des reformes sous Poutine, Aslund accuse le retour d'idées soviétiques dans l'économie, comme par exemple les contrôles de prix informels. Poutine aurait pris peu de décisions, et des mauvaises décisions. Il aurait même échoué en matière de sécurité publique et de reforme militaire. L'hypercentralisation du pouvoir et sa concentration dans les mains du président freineraient les décideurs. La répression et le contrôle des médias auraient supprimé toute critique provenant de la société civile. Les intentions de Poutine par rapport aux présidentielles 2008 auraient laissés planer le doute pendant trop longtemps, au point d'avoir fait de la stabilité politique une chimère. En conséquence ce régime autoritaire, basé sur le culte de la personnalité, serait menacé d'instabilité chronique : à chaque échéance de pouvoir les cartes seraient à redistribuer, entraînant dans le sillage des conflits de répartition sur le partage des rentes contrôlées par le Kremlin. L'entourage de Poutine serait corrompu et Aslund renchérit encore, en émettant un doute sur l'intégrité personnelle de Poutine même. La "bande KGB" pétersbourgeoise serait le principal profiteur des années Poutine, ayant su, à l'aide de moyens douteux, mettre en œuvre une renationalisation (ou deuxième privatisation) de l'économie, aux dépens des anciens oligarques.

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